vendredi 16 février 2018

Tranches de vie...( 19 )


la suite...
Rosalie et Pierre se tenaient quelque peu à l’écart et, à les observer, ils n’avaient pas vraiment d’intérêt pour ce qui se passait, ils riaient ensemble aux blagues de Pierre et de ses petits copains, il y avait là aussi le frère ainé de Rosalie, un bonhomme bien en chair pour son âge, on lui avait d’ailleurs affecté le surnom de « Klotz », le bloc, aussi qualifiable, mais dans son cas avec extrême gentillesse, de « rustre ». Il était vraiment d’un seul tenant, et ce jusque loin dans sa vie. Je me souviens de lui, alors qu’il s’était expatrié vers le travail dans les aciéries de Lorraine… La sœur de Rosalie, Marie, était beaucoup plus discrète et largement moins concernée par ces us dont elle se souciait peu, mais nous y reviendrons aussi…
Le boucher s’affairait avec moult couteaux et hachettes, à le ciseler, dégraisser et découper en parts. Le sang récupéré lors de l’égorgement refroidissait dans les seaux en acier galvanisé et attendait que les femmes aient fini de laver les boyaux pour s’en servir et, avec le sang cuisiné et assaisonné, agrémenté avec des tout petits morceaux de lard frais, confectionner le boudin noir et la saucisse de sang, une spécialité lorraine que l’on fumait ensuite… Certaine femmes du village étaient de vraies professionnelles de cette charcuterie. Elles étaient habituées à confectionner de la charcuterie avec tout ce qui est bon à manger dans le cochon. Une tante faisait les pâtés de tête, une autre les pâtés de foie et tout le monde aimait manger ces charcuteries traditionnelles et très goûteuses. La langue du cochon après que le boucher l’ait parée, était en général cuite le jour même des cochonnailles, elle ne se conservait pas bien sauf en la salant, mais il fallait bien nourrir les participants alors tout ce qui était « cuisinable » de suite passait à la casserole au bon gré de tous les présents.
Le boucher ne s’en allait pas avant d’avoir paré les jambons pour le fumoir, ces derniers allaient être salés dans l’auge en bois, en compagnie des pièces de lard des côtes et de quelques bonne pièces que l’on allait ainsi garder pendant des semaines dans les caves. Un schnaps finissait le partage et un bon café – chicorée, certains y ajoutaient un peu de vin rouge pour la digestion… la fête se finissait et le cochon était déjà oublié….
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Nota : pour celles et ceux qui suivaient "Domidoume", le blog anciennement dédié à "Tranches de vie", c'est ici qu'était allée la dernière publication (Avril 2012) : merci à vous qui suivez, c'est encourageant , mais je crois que cela manque de lecteurs à nouveau... 
Néanmoins je vais aller au bout cette fois -ci , je vous souhaite du plaisir à lire et n'hésitez pas à inviter vos amis et amies à venir lire... Je n'oublie pas de dire merci à ceux qui lisent sans laisser de traces, mais le partage par le blog est finalement à la recherche de ces dernières !

Merci et à la semaine prochaine.


Sur le chemin de Pierre...

jeudi 15 février 2018

Tranches de vie...( 18 )

la suite...


Heinrich, boucher du village de Pierre et Rosalie, était un homme d’origine germanique et très droit dans sa carrure et son métier. Il fallait demander bien tôt dans la saison des cochonnailles pour réserver sa présence lors de l’abattage et du dépeçage du cochon.
Et ce jour là c’était presque cérémoniel, rituel, on tuait le cochon de l'année. Tôt le matin vers 6 heures, le propriétaire de la bête, en l’occurrence le papa de Rosalie, se levait et faisait bouillir un maximum d’eau chaude pour remplir l’espèce de « brancard à cuvette » en bois, une auge rectangulaire à bras, servant à la déplacer, il fallait être à quatre pour ce faire.
Le cochon hurlait, se débattait rudement, maintenu par quatre gaillards du village, le papa de Rosalie entre eux, mais cela ne durait guère longtemps, le boucher avait le coup de main, le bras assuré pour l’assommer d’un coup bien placé avec une masse et ensuite tranquillement pour ne poignarder qu’une fois, à l’endroit précis… Aujourd’hui, on ferait un débat politico-religieux sur cette manière de « tuer le cochon » mais à cette époque là c’était une fête pour tous !
Ensuite, le cochon était lavé sous et dans l'eau bouillante et brossé, les poils éloignés. Avant d’être dépecé et remis en morceaux dans l’auge, on le pendait écartelé et ouvert en deux sur une échelle solide en bois, où il devait alors sécher. C'est souvent, lors de ces « pendaisons » que les enfants des quartiers où cela se passait étaient informés par les parents et grands parents ( pour moi ce fût par « mon grand – père » Pierre que j'ai énormément appris...) de ces traditions et pouvaient ainsi se forger des souvenirs pour leur postérité. En tous cas cela fût mon cas et pour le coup, je ne regrette pas de savoir et d'être ainsi en capacité de transmettre des faits et des us qui méritent de l'être sans fausse pudeur et encore moins sans reconnaître que c'était comme cela depuis des millénaires certainement.
Néanmoins, oui, on peut le dire, que c’était un peu barbare tout cela, mais c’est pour manger, pour la nourriture de la famille, alors personne non plus ne relevait le fait que les enfants, bien souvent en se cachant la vue et se bouchant les oreilles, assistaient eux aussi au « spectacle ».
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Bonne journée !

lundi 12 février 2018

Tranches de vie...( 17 )


Rosalie… la vie dans le village d’à côté…
Sur le retour de l'usine, en passant à quelques ruelles de chez eux, Pierre aperçut comme souvent cette jolie petite fille qu'il aimait bien et qu'il ne manquait jamais d'embêter quand il osait, sur le chemin de l'école. Il la regardait jouer le plus souvent possible, mais n'osait pas trop encore l'approcher car même rebelle Pierre était un tant soit peu intimidé par cette petite, un peu potelée mais tellement vivante: Rosalie, elle n'avait plus qu'une année de scolarité à finir et elle pourrait aider ses parents pour l'élevage et la préparation des viandes pour la boucherie de l'oncle où sa maman travaillait. 
Après avoir sauté du chariot, d’un geste timide de la main, Pierre la salua rapidement ainsi que sa maman et puis s'approcha assez près, et lui glissa quelques mots à l’oreille, certainement gentils, car Rosalie souriait quand il s’en alla en sautillant sur le chemin vers sa maison… Elle vivait dans une maison attenante à leur grande étable et donnant par l'arrière sur les prés et pâtures de leur ferme. Elle savait déjà prendre en main certaines « corvées » à la ferme, comme la distribution de foin, ouvrir les robinets pour alimenter les abreuvoirs et aider maman à la traite.
Elle passait souvent des heures à regarder et parler aux animaux, elle aimait moins les cochons quand ils étaient grands mais les portait avec amour quand ils étaient tout petits et allaités par leur mères. Le reste du temps elle s'adonnait au tricot, comme sa maman et sa grand-maman, une tradition dans la famille, et à aider aux tâches ménagères, balayer devant la porte, la petite cour qui donnait sur la rue qui menait au centre du village.
Le papa de Rosalie était éleveur. Dans la famille on comptait au nombre des différents oncles, un boucher-charcutier et cela donnait aux parents de Pierre un intérêt pour vivre bien de leur activité journalière, car bien sûr le boucher était aussi leur client.
En ce temps là, la boucherie du village était quelque chose de très important, de plus que vital, car le boucher, non seulement faisait son travail de charcutier, mais très souvent c’était lui qui tuait les bêtes, vaches, bœufs, taureaux, cochon, que les éleveurs et aussi les particuliers qui en avaient les moyens, élevaient dans leurs petites étables et dépendances modestes que leur mettait aussi à disposition, l’usine où ils étaient ouvriers.
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Bonne journée !

jeudi 8 février 2018

Tranches de vie ...( 16 )

la suite....



Pierre, ses parents et…
Alors que dire quand grâce à l'activité de papa, il pouvait traverser une grande partie de l'usine et aller décharger le bois transporté près de la halle. Il exultait de joie et en profitait pour aller jeter un coup d'oeil au ballet des ouvriers verriers dans l'antre en chaleur. Pierre ne redoutait en rien les risques de ce métier qu’il trouvait à sa mesure. Eh oui, il pouvait se brûler, se blesser, avoir les muscles endoloris par les efforts des plus de 45 heures hebdomadaires dont il réalisait la dureté. Pour faire ce métier de verrier il fallait du courage et de la volonté, mais Pierre possédait ces qualités et irait au bout. Malheureusement le temps passé à regarder le métier et en découvrir les détails et aléas ne durait jamais assez longtemps. Car pour remonter au village, les boeufs mettaient bien plus d'une heure et demie, alors il fallait repartir au plus vite pour rentrer à la maison à une heure décente pour manger et aller dormir.
Quant à maman, elle était affairée la journée entière à traire, nourrir le bétail et à préparer la nourriture pour papa et l'ouvrier, un gars venu de Roumanie via la Forêt Noire et qui logé, nourri n'en demandait pas plus. Il baragouinait quelques mots d'allemand et comme les habitants du Bitcherland étaient bilingues forcément depuis les années 70 du siècle précédent, cela ne posait aucun problème majeur de compréhension. On appelait ces gens là, des métayers, tout ce qu'il y avait à faire pour les employer était de les nourrir, les coucher et de leur donner un peu de "schnaps" et de vin. Dans la famille de Pierre on distillait ("brûlait") du schnaps depuis des lustres et l'alambic en cuivre et en étain était remisé soigneusement dans une partie de la grange très isolée et fermée à clé. C'était un bien précieux que cet alambic.
Il faut dire que les vergers étaient une autre partie de la propriété familiale et qu'ils fournissaient matière première de grande volée. Des quetsches, des vraies, pas des prunes, bien qu'il y en eut aussi, des mirabelles, des cerises noires ou rouges, des reines-claudes et des poires, des "Williams", composaient l'assortiment de fruits à « schnaps », eau de vie du pays lorrain et d'Alsace. Le rituel de la distillation était pareil à celui des cochonnailles, le village, du moins le grand quartier était présent pour y assister et goûter le liquide enivrant. Bien sûr cette activité était pleinement et uniquement pour la famille, bien que de temps à autre on se laissait aller à vendre l'une ou l'autre bouteille.
Certains, mais pas le papa de Pierre, distillaient même des patates ou d'autres produits de la terre, betteraves entre autres, pour faire du schnaps "thérapeutique", oui cela servait pour se soigner, en cataplasmes par exemple. Pierre s'y est mis un peu plus tard, à « brûler » (« brenne », en patois) car il en fallait, et que tous les jours le bon liquide, servait à réchauffer corps et esprit pour affronter travail et problèmes de la vie.
Dans la pièce principale, la "Stub" disait - on trônait contre le mur un "Kacheloffe", un fourneau imposant en carrés de céramique, cela donnait une petite idée aussi de l'aisance des parents de Pierre. Ce fourneau servait à chauffer la maison d'habitation accolée à la grange, au "Schopf", abri pour les chariots et les outils agricoles, et à l'étable.

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Bon jeudi !
Coucou Françoise....



lundi 5 février 2018

Tranches de vie... ( 15 )

Et revoilà Pierre... { pour Anne ;o) }


Pierre, ce jour là, était assis sur la charrette lourde de bois de hêtre, en billes fendues en longueurs de un mètre. La charrette était tractée par les deux boeufs qui appartenaient à son papa et qui servaient aussi certains jours de la semaine, entre autre, à conduire le bois à l'usine, une sorte de transport d'approvisionnement des stocks de bois de cette dernière. C'était là une activité complémentaire qui permettait de payer plus ou moins l'entretien du maigre matériel agricole qui servait au métier du papa de Pierre. Il était paysan, cultivateur disait-on déjà. Dans le village d'à côté, il faisait partie d'une population assez importante de paysans et d'ouvriers du monde agricole, de métayers pour la plupart. L'emploi agricole, culture de blé et de maïs, de betteraves et de choux blancs, l'élevage destiné à la boucherie, s'étaient bien implantés dans ce village là, où peu d'activité industrielle était de mise.
Pour nourrir le troupeau de quelque vingt vaches et boeufs, le papa de Pierre était très occupé, ses journées duraient une éternité et Pierre ne voyait pas souvent son papa. C'était donc une de ces journées que Pierre savourait réellement et espérait qu'il y en aurait beaucoup d'autres. Mais l'école  lui prenait du temps aussi.
Oh, il n'aimait pas beaucoup aller à l'école, mais quelle autre solution y avait-il ? Il fallait attendre quatorze ans pour aller travailler. Pierre était attiré par la "bête", le monstre, il voulait devenir verrier, souffleur certainement, donc un créateur pour donner du travail aux autres : tailleurs, graveurs et futurs collègues de travail, il y serait bientôt pensait - t'il, dans quelques courtes années il demandera à son papa de l'inscrire sur les listes d'attente...
Après un dernier regard vers le village du haut de la colline, un dernier regard sur la majestueuse église rose, Pierre  et son papa ne tardèrent pas à replonger dans le village et passèrent à quelques enjambées de la maison de Rosalie, une bonne amie de Pierre et une jolie et pimpante jeune fille de la campagne. Souvent, Pierre la regardait avec ses yeux foncés et il évitait d'exprimer ce qu'il pensait au fond de soi. Mais, on s'en doutait, c'était impossible de ne pas le remarquer. Rosalie, elle savait d'ailleurs en jouer. Papa laissa Pierre sauter du chariot et celui-ci, après avoir promis de venir de suite, appela son amie qui était en train de travailler avec sa maman dans le potager immense qui longeait leur fermette.

Pierre avait douze ans et demi et n'était pas encore sorti de l'école, il n'était pas un grand élève mais avait déjà suffisamment appris de choses pour s'en sortir dans la vie. Une particularité de sa personne lui était venue de l'école, on lui reprochait son inattention, il confirmait la chose en signant à l'envers, "erreiP.r...." , on ne sait si c'était là une façon de montrer sa petite rébellion.
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Heureux lundi à celles et ceux qui passent et m'encouragent !!

vendredi 2 février 2018

A propos : ma photo de l'année...?!

Quel dilemme mais il a fallu choisir... en voilà quelques unes....









Pour https://defifoto.blogspot.fr/
j'ai choisi... allez voir si vous voulez !



Tranches de vie... (14)

et voilà la suite...

Pierre du village d’à côté…
A peine sorti de la rue principale, traversant le village et très longue, plus de deux kilomètres, du « village d'à côté », on passe une petite colline et du haut du surplomb on aperçoit, par journées de beau temps, le clocher en pointe ronde et bombée de la "cathédrale en grés rouge" du village de la vallée.
Les différents rectangles et carrés en tons de rose et de rouge des pierres de grès lui donnait une majesté sans pareil. Son toit en tuiles revêtues de métal émaillé, par moments colorées de façon étonnante en tons or, vert, rouge et formant des motifs, lui donnait un air de jamais vu et c'est une partie de ce qui fait encore de nos jours son charme à cette église construite encore au dix-huitième siècle sur une des collines de ce joli village industriel.
En orientant le regard vers la gauche , un peu plus loin sur la route, un chemin de forêt amélioré de gros cailloux écrasés, on apercevait de temps à autre au travers d'une trouée dans la forêt de sapins et d'épicéas, quelques uns des toits, tuilés ou recouvert de plaques de tôle ondulée, de l'usine. On voyait aussi le toit de la halle verrière qui dominait de quelques mètres le reste des bâtiments. Son ossature en poutrelles d'acier peintes ressortait en se distinguant vraiment du cadre tranquille des maisons accolées du village et attestait de la présence réelle de l'usine « à cristal ».  
Le village ne comptait pas ou très peu de maisons individuelles car les petits immeubles construits autour de ceux de l'immeuble, l'avaient été pour loger principalement les travailleurs, d'ailleurs ces derniers ne payaient pas de loyer et l'on considérait que c'était part de leur salaire que de bénéficier d'un logis. Cette pratique a duré pendant des années et il semble que c'était de façon unanime, adopté par la population, cela créait aussi des différends entre les gens qui venaient d'à côté pour travailler. Les directeurs, et patrons ainsi que les "chefs" avaient eux des logements importants, pour la plupart vastes et confortables, comparé aux ouvriers, mais là aussi, il sera temps d'en parler plus tard...

Après une descente en méandres assez sévères, pour aller dans le village, de facto il fallait descendre quel que fut le point cardinal de départ. La route conduisait à la partie la plus éloignée du village mais déjà intégrée, là où se trouvait le moulin, près de la rivière qui traversait l'usine et à fortiori le village, construits le long de cette dernière. Le village était situé dans la « vallée des moines » en patois : « Mönch Tal » et a été appelé par déformation, « Münstal ». Pendant longtemps, personnellement je croyais que c'était à cause de la rivière qui traversait le village que j'ai baptisé, peut-être par oui-dire, « Münz », cela restera une énigme... les deux versions semblent courantes et acceptées l'une comme l'autre et plus grand monde à ce jour ne recherche à ce sujet. Alors laissons cette problématique en plan car finalement elle n'influence ni l'histoire, ni la famille .
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nb : constat : finalement, je ne suis pas très heureux du résultat de mes publications, mais il n'y aura pas d'arrêt cette fois - ci, je continue. Alors à très vite ! Merci à celles qui s'accrochent et me font un énorme plaisir.

mardi 30 janvier 2018

Tranches de vie...(13)

Bon mardi et bonne lecture !

La maman de Joseph était une femme d'une bonté remarquable et était au service de tout le monde. Il est vrai qu'elle avait la foi et pratiquait vraiment la religion catholique et ce dans tous ses rites et rituels. Elle s'occupait des « filles de Marie », reconnaissables au petit ruban bleu épinglé à leurs vestes, manteaux du dimanche, quand elles assistaient aux messes, aux vêpres, aux prières du soir et toutes les activités religieuses desquelles elle s'attachait à faire partie. Elle chantait aussi à la chorale et Joseph l'accompagnait souvent aux répétitions et s'asseyait, avec grande ferveur et plaisir, sur la chaise prieur à côté d'elle. Il écoutait avec attention et quand il retrouvait son harmonium, il rejouait à l'oreille les chants entendus. Son chant préféré était le chant : "Grosser Gott wir loben dich !"...Grand Dieu nous te bénissons…, qui était le chant de toutes les grandes fêtes et que la chorale travaillait à quatre voix, ce chant clôturait aussi les cérémonies de la Fête-Dieu.(une véritable fête avec ses traditions dont nous reparlerons...). Il faut dire que, comme c'est aussi une partie de ma vie à moi dont je parle, que cette tradition, cette pratique, s'est transmise d'âge en âge et que ma maman en a elle aussi hérité...
La maman de Joseph donnait une grande partie de son temps à visiter les personnes malades, les anciens couples et anciens veufs et veuves du village pour leur apporter le réconfort et les accompagner dans quelques moments de leur vies souvent difficiles et solitaires.
Souvent, quand Joseph rentrait de l'école des garçons, il allait directement dans l'atelier, la remise disait-on aussi, et s'affairait à travailler le bois. Son papa rapportait souvent des restes de caisses, du bois fin en plaques et quelques planches que son chef à l'usine l'autorisait à emmener. Ce dernier demandait bien sûr compensation et le papa de Joseph rendait service. Il assurait certains travaux de réparation de vitrages et d'entretien de menuiseries dans les appartements huppés de son chef direct.
Ainsi allait la vie, et, Joseph avait en tête de réaliser un grand projet, mais n'en soufflait mot à personne. Dans sa tête cela prenait forme de jour en jour...
Cette période de l'histoire de la Moselle et de l'Alsace reste toutefois une période culturelle décisive dans les caractères des gens et des familles qui y vivent et participent de l'héritage germanique encore sensible aujourd'hui, plus d'un siècle plus tard. Depuis les années 1870/71, la fin du règne de Napoléon III, l'annexion à l'Allemagne était une charge, plutôt qu'un état des choses, mais les enfants nés dans cette période étaient allemands, vivaient en Allemagne et allaient à l'école allemande, en fait, bien que anciennement enclavés dans la France, les alsaciens - mosellans  n'étaient plus français, enfin plus entièrement.

l'usine... photo empruntée sur le site "Bitcherland"... ( merci ;) )
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jeudi 25 janvier 2018

Tranches de vie... ( 12 )

et voilà, retrouvons Joseph.... Bonne lecture .

La vie de Joseph
Le papa de Joseph, lui, était ouvrier du bois, bûcheron, menuisier, ébéniste, de formation personnelle, peut-être familiale, de par un oncle, enfin un vrai « ver du bois ». Lui aussi commençait ses journées par ce même rituel de faire du feu et entretenir la chaleur du foyer pour son épouse, Joseph, son frère et sa soeur. Son travail principal au sein de l'usine, consistait à fabriquer les fameuses caisses à compartiments pour la halle, et de temps à autre à réaliser quelques étagères de rangement pour l’usine, des meubles de cuisine, des vaisseliers même, des lits et des sommiers.
Ca, il le faisait car il était artisan, mais évidemment il était aussi et avant tout payé par le patronat de l'usine. Il faisait beaucoup de travaux à la demande et pour les patrons et de ce fait touchait quelques gages supplémentaires en cumulant pas mal d'heures. De l’exploitation acceptée, que faire d’autre d’ailleurs ? Mais il s'éclatait dans son travail et Joseph l'admirait et bien sûr allait s'en inspirer pour la suite de sa vie et son futur métier à lui. Joseph traînait souvent dans l'atelier personnel de son papa.
Celui - ci se trouvait à l'arrière du bâtiment des logements, là où quasiment tout le monde avait une étable, un clapier, une cave aussi, dans les roches de grès rouge qui encerclaient et soutenaient le village. Les caves étaient creusées dans la roche, et malgré un peu d'humidité, étaient tempérées et servaient de lieu de froid. Devant les grottes, des bâtiments en bois, lattés, les « schopf » servaient de lieux de stockage pour le bois de chauffage et aussi d'ateliers. Certains voisins élevaient aussi au moins un et même plusieurs cochons dans des étables maçonnées ou bétonnées et entourées de barres de fer qui permettaient qu'on  nourrisse les cochons et qu'ils ne s'échappent pas. Un cochon, par familles qui en possédaient, était sacrifié au bout de deux à trois ans d'engraissement.
Ah la là ! Les "jours de charcuterie", quel bonheur quand ça arrivait et quel régal pour tout le monde, car cela se passait bien souvent en automne et les "cochonnailles" étaient de véritables festins, des fêtes de quartier, dirons-nous. L'occasion aussi, pour les mamans de Louise et de Joseph, et les femmes du village entier d'appeler à table et d'étaler tout leur art culinaire, des saucissons, des boudins, des pâtés, du lard blanc, des fromages de tête... enfin la potée régulière des dimanches en étaient des témoins inoubliables. Sans oublier les fumoirs collectifs fonctionnant aux copeaux et à la sciure de bois séchés, dans lesquels jambons, plaques de lard et palettes trouvaient place pour quelques semaines et ensuite nourrissaient les familles du plus petit au plus grand durant tout l'hiver.

Dans mon enfance à moi, j’ai encore le souvenir que cela se passait quasiment de la même façon, mais nous n’y sommes pas encore… et nous reviendrons sur le sujet avec l'évocation d'un certain boucher dans le village d'à côté...
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samedi 20 janvier 2018

Tranches de vie...(11 )

bonjour, bon samedi !

Juste une dernière  incursion dans le domaine technique, car on ne peut parler de cette cristallerie royale sans évoquer les fameux presse - papiers, une marque de fabrique absolue de la - dite usine. Il y a là une technologie qui remonte à la deuxième partie du XIXème siècle et qui consistait à enfermer des tiges de verres de couleur et de longueur différentes à l'intérieur d'une boule de cristal transparente qui au fur et à mesure se créait autour du bout de la canne de cueillage. A chaque dépôt de décors, une fine masse de cristal était ajoutée à l’ensemble et le verrier roulait sur une table plane métallique pour bien serrer les tigettes et incrustations dans la boule. Une fois le diamètre final de quelques centimètres atteint, la boule était arrondie par le haut et rendue lisse par le travail d’orfèvre, peut-on dire, du maître verrier et c'était d'un effet grandiose et donnait de vraies oeuvres d'art.
De nos jours on fabrique même certaines séries uniques de bijoux, pendentifs, bagues, boucles d’oreilles et ceci rencontre un succès commercial grandissant. Des décors fascinants, des floraux, des assemblages de cristaux colorés, des motifs animaliers, et bien d’autres « incrustations » virent le jour durant les siècles et jusqu’à aujourd’hui des mains de femmes principalement, assurent cette tradition de fabrication artistique dans la cristallerie.
Aujourd'hui c'est encore une activité des plus importantes et des plus recherchées de l'usine. Il y a de grands collectionneurs dans le monde entier, des japonais, des américains, le monde a toujours eu un intérêt fantastique pour ces productions uniques et spécifiques de tradition et toujours en séries limitées de une à deux centaines par modèle...
Les ouvriers et ouvrières de l'usine, leurs parents déjà avant eux, avaient aussi accès à ces pièces de fabrication, mais seulement en les achetant à prix réduit ou en tant que rares cadeaux de Noël, ce qui souvent était leur "prime" de fin d’année. A cette période là, de même pour les mariages, de même pour les communions, entre autres, des verres étaient offerts par la direction à tout le monde sans exclusion. Ce qui a permis à beaucoup d'héritiers d'être en possession de raretés et de services en cristal, le plus souvent de base et de deuxième choix et aussi pour la plupart non taillés. Beaucoup de travailleurs les faisaient tailler ou graver par des ouvrier de l'usine, qui eux se faisaient un pécule supplémentaire en ayant installé des « ateliers » chez eux, dans les granges ou dépendances, ou encore sur les paliers des logements de l'usine. Une pratique tolérée et répandue jusque dans les années 70.
A vrai dire et malheureusement, les ouvriers de l'usine (cristallerie royale...) n'étaient pas vraiment bien payés du tout dans ces années de début du XXème siècle et les cadences étaient infernales, sans parler des dangers évidents et destructeurs par moments de ces métiers du cristal.

Nous y reviendrons, mais dans les prochaines pages, retrouvons nos « acteurs principaux »...

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mercredi 17 janvier 2018

Tranches de vie....(10)

Bonjour, un mercredi venteux et pluvieux... donc publication, pour passer le temps. Bonne lecture !


Peu après 1900, on réalisait déjà, après avoir copié les verres de couleur de Bohème, des verres teints, dont le développement s'était fait en interne. Différents produits chimiques additionnés au cristal avant fusion lui conféraient des couleurs. Le chlorure d'or donne la couleur rouge rubis par exemple et le bleu s'obtient avec du cobalt. Depuis pas mal d’années ces verres colorés étaient très recherchés et appréciés par les fortunés.
Voilà quelque chose qui n’a nullement changé de nos jours, le cristal, le vrai a un coût, et pour ma part je ne trouve pas cela exagéré, mais compte – tenu des petits salaires versés aux artistes du cristal quelque peu inéquitable. L’ouvrier, l’artiste, l’artisan aurait dû, devrait encore, avoir un peu plus de profit à exercer ces métiers…
On développa les services en cristal, verres, carafes, coupes, vases, les décors de forme à l'extérieur étaient pré-gravés (ou taillés au moulage) dans les moules et lors du soufflage par l’action de celui ci, on les "pressait" dans la masse. Des lustres à pied, des candélabres de tailles supérieures à trois voire quatre mètres, furent aussi fabriqués, cela durait des semaines, des mois pour en achever un seul ... On ajouta à la production des verres en cristal blanc mat, ceci était devenu possible grâce à la "chimique" disait-on. On utilisait des procédés de matage à l'acide, techniques de pointe pour l'époque et pour beaucoup de fabrications c'est encore le cas de nos jours, on appelait cela comme encore aujourd'hui, les "arts décoratifs".
Dans l'usine plus de 1500 personnes, (années 50...) s'activaient tous les jours. Il y avait plus de un tiers d’ouvriers bûcherons, de transporteurs, qui s'affairaient autour et en plus. Les machines tels que les tours et les ateliers de taille où travaillait un tiers des ouvriers quand même, fonctionnaient à la vapeur, j'ai lu que la force développée des salles de machines étaient de près de 100 chevaux ! Vers la fin du siècle, l'usine développe sa vocation "industrielle" en réalisant des verres de lampes à pétrole et les unités d'éclairage des wagons des chemins de fer... un métier qui de tous temps aura su se diversifier tout en créant des niches dans le domaine du grand Luxe.

Il serait quasi trop technique de rentrer dans plus de détails à ce propos, car il y a là de quoi alimenter de longues soirées de veille auprès des "Kacheloffe", fourneaux céramiques (une autre facette de l'artisanat régional...), du Bitcherland (Pays de Bitche), frontalier avec l'Allemagne, le Palatinat le Süd west, pour être plus précis , et de l'Alsace ( le Bas-Rhin)!
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petite info : il y a une télé locale, Cristal, qui diffuse des reportages sur la Cristallerie de St Louis actuellement... alors si intérêt voici le lien : cela s'intitule : De feu et de cristal...
il faut lancer les reportages à partir du site...merci

https://www.tvcristal.net
( https://www.tvcristal.net/VOD/Actu/Feu-cristal-1-4-zUix5tBarL.html )

samedi 13 janvier 2018

Tranches de vie...(9)

Voilà la suite.... bonne lecture

Les métiers, les techniques...
Évidemment, pas tous les jeunes hommes n’accédaient à la maîtrise, il fallait aussi être artiste, ne l’oublions surtout pas.
Quand le maître verrier, qui travaillait comme le souffleur, les mains nues, une question de sensation avant d’être un problème de sécurité, avait fini son travail à façon, il détachait la pièce calottée (quasi fermée vers le haut) de la pipe en la tapotant avec l’outil adapté et de suite le gamin emportait le gobelet ou le verre à pied, en utilisant une fourche à deux bras gainés de tissus d’amiante, dans laquelle se lovait la pièce finie. Il l’emmenait à l’arche, le refroidisseur, sorte de tapis roulant qui cliquetait dans un des angles de la halle verrière.
A l’époque, celui – ci était encore activé manuellement à l’aide d’une manivelle, là encore une responsabilité qui incombait aux gamins. Le tapis roulant était entouré de brûleurs et permettait la lente baisse de la température jusqu’à ce que la pièce brute fût transparente et claire, finie en quelque sorte.  La pièce, verre à pied, gobelet, après une phase de refroidissement dont la durée était dépendante de sa nature, de sa forme et de son épaisseur aussi, allait être stockée en caisses de bois superposables et à compartiments plus ou moins grands. Cela permettait leur manutention sans grand danger de les entrechoquer, en attendant les opérations suivantes, qui sont le décalottage, le polissage, la taille ou la gravure…
Les caisses en bois compartimentées, étaient déposées avec précautions sur des charrettes légères en bois, à quatre roues, dont celles de devant étaient sur un essieu tournant que l'on manipulait à l'aide d'une potence en forme de croix. Grâce à celle - ci les charrettes étaient utilisables par un ouvrier seul ou à deux personnes, car de temps à autre le chargement était trop lourd entre les ridelles à claire-voie. A l'avant et à l'arrière les ridelles étaient pleines et se glissaient de haut en bas pour fermer, le bas moins large que le haut, ces charrettes existent encore aujourd'hui, elles sont en ossatures métalliques légères, de l’aluminium par exemple, et ont servi de modèles aux jouets préférés des enfants, des modèles réduits bien entendu...
Les verres que le maître avait finis étaient coniques dans leur hauteur, ce qui dépassait la taille du verre fini se dit : « calotte » et nécessite une opération supplémentaire après refroidissement. Pour "décalotter" les pièces en cristal celles-ci devaient être passées devant une flamme d'un bec au gaz qui,  de la même façon que l'on soude, réalisait l'action inverse sur le cristal et le coupait net par l'action de la chaleur. Le verre, en l'occurrence était alors très coupant et il fallait sans tarder le passer au polissage. Une opération tellement délicate se faisait en portant des gants et en manipulant les verres de différentes tailles et en les passant sous des grandes roues de polissage, des meules. Pour ce faire, les meules étaient entraînées sur de axes mus par de petits moteurs à entraînement de poulies, d’'abord avec une sorte de terre abrasive et de l'eau et au fur et à mesure avec des meules brosses plus douces. Sous les meules, des bacs à eau étanches, remplis d’eau boueuse qui s’écoulait par le trop-plein directement dans la rivière souterraine du village.
Les verres étaient lavés à l’eau claire ensuite et allaient à l’atelier de marquage, de dessin des motifs et prévisions de biseautage ou de gravure, de façon à être prêts pour l’opération de taille et aussi, pour beaucoup, au "décor" final, la dorure, la gravure, dont il sera question dans la suite .
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lundi 8 janvier 2018

Tranches de vie... (8)

quelques lignes de plus... bonne lecture !

Là, l’importance du gamin est incroyable, et on sent son utilité évidente. Sa présence constante et son attention incessante sont requises, car il n’y a pas de période d’arrêt dans la réalisation. Le travail doit couler, être fluide, pour ne pas que la pièce se déforme ou se déchire, ceci serait fatal à celle-ci et elle irait directement au rebut. L’opération d’adjonction de la tige plus ou moins longue suivant le type de verre, puis le collage, dirons-nous, du pied sur la tige, était la plus risquée.
Le gamin tendait une canne avec une certaine quantité de cristal en fusion au maître et celui-ci, à l’oeil, savait quand il “était servi” et coupait la matière d’un geste certain et professionnel en la posant délicatement sur le fond du verre et finissait ensuite de la modeler. Puis, il reprenait du cristal fondant pour plaquer en la centrant bien, la petite masse au bout de la tige il ne fallait pas rater la forme et le bon arrondi extérieur du pied, c’est de là que provenait l’équilibre du verre à pied. 
 Être gamin, voilà le rêve de beaucoup de très jeunes garçons, qui tous les jours allaient travailler fièrement dans la halle à verre. A cette époque là, on commençait à travailler, durement même, dès l’âge de quatorze ans en quittant des fois prématurément les bancs râpés de l’école du village.

J’ai toujours trouvé cette appellation de métier très adaptée et unique, en fait un « gamin » c’était, c’est toujours encore, tout simplement un porteur de travail et par la force des choses, un apprenti, un aide, un soutien qui était en pleine possession de son avenir de futur maître verrier. Il n’y avait, pas encore, de filles voulant s’attaquer à ce métier (il y en aura à partir des années 90... mais peu), ce n’était pas vraiment volonté paritaire. La fille restait avec maman pour apprendre un “métier” ou avoir une "occupation de femme" plus tard. L'époque permettait encore ce genre de pensée, depuis les métiers du cristal se sont ouverts à l'ensemble des jeunes qui souhaitent suivre et réussir dans la filière. .../...

vendredi 5 janvier 2018

Tranches de vie...(7)

on continue...

La halle verrière … les métiers... le « gamin »...
Le « maître verrier » était bien souvent originaire des pays de l’Est ou allemand de Bohème, de Bavière ou de Saxe, quoique de plus en plus de gens du pays, formés dans l’usine, devenaient maintenant des maîtres à leur tour. Sur sa “place”, deux mètres carrés peut-être, il commençait son travail d’art verrier sur la pièce. Le souffleur, le plus souvent, réalisait le cueillage, dans le pot, on dit aussi le creuset, à la main, et maintenait en l’agitant avec toute son adresse professionnelle, la paraison (la masse de verre en fusion) pendant son transport vers le moule. Une fois soufflée, formée dans le moule, la pièce était présentée au maître qui l’analysait sous toutes ses facettes, regardait directement si oui ou non il y avait déjà des défauts de soufflage, des “bulles” comme ils disent, des impuretés dans la masse en fusion.
Puis il la faisait tourner devant ses yeux sous l’action de sa paume qui roulait la pipe sur les supports en ferraille et bois qui le cernaient, la canne dit-on aussi, à laquelle la pièce en cours était toujours encore attachée, sur son “métier”. Sa ”place” consistait en deux poutrelles entre lesquelles il était assis parallèlement sur un “bänkel”, un tabouret trépied, ou encore un simple banc en planches, ses genoux juste en dessous de la pipe tenue horizontalement et perpendiculaire aux poutrelles.  Sur le côté travail, gauche ou droit, se trouvait un réceptacle rectangulaire aux bords grossièrement relevés et soudés sommairement, en tôle, où tombaient les bouts de cristal fondants coupés  sur la pièce.
Tous les soirs, un peu avant la sirène, ce bac muni de poignées de transport à peine protégées et qui souvent griffait ou coupait les mains, était vidé sur les tas de cristal concassé, à l’arrière de la halle, et ce cristal une fois finement broyé allait être réutilisé en quantité réduite dans les nouveaux mélanges pour le remplissage des creusets de cuisson. Voilà encore une autre des multiples activités journalières des « gamins » verriers.

Le cristal en fusion, la paraison, tournait, éblouissant, fascinant de beauté et la vitesse de rotation impulsée par le maître lui donnait rapidement sa forme définitive. Il fallait couper, cisailler, tapoter, de temps à autre ajouter de la matière pour combler les aspérités, lisser, détendre, assouplir pour mieux lisser encore ou combler les endroits légèrement bosselés ou creux. De temps à autre le maître ajoutait aussi son souffle via la pipe dans la masse de cristal en travail pour lui redonner du contenant et ainsi continuer son travail…
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Bonne lecture et merci à celles qui ont pris le pli de venir lire et laisser quelques commentaires et questions ! Cela me fait un énorme plaisir.

mardi 2 janvier 2018

Tranches de vie...(6)

Bonne année 2018 !


quelques lignes de plus....

Pour être souffleur de verre, il fallait plusieurs années de formation, d'apprentissage auprès du ou des « maîtres verriers » et une sacrée cage thoracique, des poumons en bon état et une force physique assez importante. Le souffleur de cristal s'approvisionnait dans le four et bien évidemment auparavant devait avoir très bien assimilé le métier. Il fallait le coup de main pour préparer la masse en fusion pour le maître verrier qui lui travaillait le cristal en fusion déjà préformé dans des moules le plus fréquemment. Il lui fallait procéder en plusieurs étapes, aidé en cela par le gamin qui lui portait de temps à autre du matériel en fusion pour compenser, compléter la réalisation. Le maître utilisait des sabots de forme, des louches, des coques, qui permettaient d'arrondir, des pinces pour aider à étirer la masse en fusion, divers bouts de bois, de cuir plats, des ciseaux et d'autres accessoires bien propres à son métier d'artiste.
A l'époque dont il est question, fin XIXème siècle, la principale réalisation consistait en fabrication de plaques de verre à vitre et aussi de gobelets à boire. Il n'y en avait pas que des ronds à fonds plats, mais déjà certains verres évasés à pied étaient fabriqués, mais, étant très fins *, personne n'aimait les faire, car déjà de ce temps là, le rendement journalier devait être atteint, faute de quoi le salaire en souffrait, la casse aussi était comptabilisée. (* Aujourd'hui leur rareté leur confère un statut de verres de collection assez élevé.)  
Le type de production évoluait assez rapidement en début du siècle suivant et de plus en plus de demandes entraînaient la nécessité de créer de nouvelles références et modèles. La demande faisait évoluer vers la création et la production de services de table complets, des assiettes même, des coupes à fruits, des vases etc... allaient bientôt faire la renommée quasi mondiale de la cristallerie. Les prévisions de fabrication et les modèles nouveaux émanaient principalement de clients et créateurs attachés à la bourgeoisie parisienne, des grandes villes en général et surtout d'Angleterre où le cristal connaissait déjà un essor de loin supérieur à la France... La cour d'Angleterre était et allait devenir une grande consommatrice de vaisselle en cristal.
En tous cas, les "patrons" étaient déjà en recherche constante pour dynamiser la production et assurer le futur. D'ailleurs, dans son histoire, déjà ancienne, la cristallerie a été confrontée souvent à des difficultés d'existence, mais on a toujours su se moderniser, changer et survivre.

Mais Dieu que cette période d'annexion germanique était rude et l'on ne savait pas vraiment vers où les choses allaient réellement s'orienter. Tout le monde était néanmoins au travail et gagnait péniblement sa vie, ce qui n'empêchait pas les familles du village très dépendantes de l'usine, de vivre pleinement et heureuses. Les familles de Louise et Joseph en étaient.
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A très vite...

dimanche 24 décembre 2017

Noël 2017

Même si les visiteurs se font rares etc...
Je vous souhaite un joyeux Noël et de belles fêtes de fin d'année et vous dis à 2018, je serai là !


jeudi 21 décembre 2017

Tranches de vie... (5)

Prêt(e)s pour la suite ?

L’usine … La halle verrière
Le papa de Louise était potier, étrange travail en usine, mais dans une cristallerie, qualifiée longtemps de "royale" de surcroît, il en existait quelques-uns. Ce métier, car c'en est un même en usine, et très spécifique en plus, consistait et consiste toujours à construire, à former des pots de cuisson pour le cristal.
Ces grands pots en argile étaient réalisés sur un socle oblong de presque un mètre sur environ la moitié de large et d'une hauteur approchant le mètre aussi. Ils servaient à recevoir les composants secs du cristal, comme le sable blanc, et le plomb, tout comme l'addition de certains composants dangereux dont l'arsenic... Ces produits une fois chargés dans le pot étaient amenés, dans ce pot et à l'aide de chariots de fer vers le sous bassement du four dans lequel se trouvait le foyer, qui chauffait à plus de 1600 degrés, vu que le cristal est en fusion à la température d'environ 1500 degrés. Un four de forme extérieure ronde, plus ou moins hexagonale ou octogonale, contenait six à huit compartiments à pots.
Les travailleurs chargés de la mise en place de ces pots dans le four étaient de vrais "forçats" en patois lorrain on les appelait les "schmelzer" traduit littéralement cela veut dire les "fondeurs"... car il fallait vouloir faire ce travail, aux températures ambiantes dont on parle. Ils étaient souvent nus sous des capes en tissus d'amiante qui traînaient quasiment parterre, les moufles à manchons assorties, de même que de grands chapeaux descendant jusqu'aux épaules, des masques protecteurs couvraient leurs visages de la chaleur et des projections possibles et fréquentes. Dès que le pot était soulevé par les bras des chariots à deux roues en ferraille, les fondeurs se mettaient à deux, voire quatre pour pousser le nouveau chargement vers l'entrée du four où se trouvait son logement et l'y sceller rapidement en le fixant définitivement avec des briques réfractaires et un mélange de ciment spécifique et d'argile.
Auparavant, les pots une fois chargés des matières premières, étaient fermés par des couvercles demi-ronds. Ceux-ci, une fois en place étaient scellés dans la face avant du pot, ouverte de la même façon adaptée au couvercle, avec de l'argile fraîche, un peu comme on obture une terrine en boulangerie.
Plusieurs fois aussi il fallait alimenter le feu dans la journée, avec le bois. Le foyer de chauffe du four était, à cette époque là encore, à base de bois, du hêtre majoritairement, le sapin, l'épicéa dégageait trop de résine et fumait beaucoup. Le village se trouvait encastré au fond d'une vallée et était entouré de forêts sur des hectares de terrains qui étaient propriété des cristalleries. L'usine s'était approprié toutes les forêts environnantes, par décret royal au XVIIème siècle... oui cela datait de bien longtemps.
Elle employait donc aussi un bon nombre de travailleurs forestiers, des bûcherons et des responsables de plantations et de nettoyage des forêts. Les transports de bois se faisaient à l'aide de boeufs et de chevaux de trait. Beaucoup de paysans avaient choisi au fur et à mesure de l'expansion de "la bête", de se recycler dans ce type de travail rémunéré un peu mieux mais souvent plus dur.
Quelques années plus tard, au XXème siècle le chauffage se fera au charbon ou au coke en provenance des proches mines de charbon de la région sarroise (Allemagne) et plus tard, de Merlebach, Forbach à mi chemin de la région messine. Metz, allemande, n’était pas trop éloignée de la "France" de l'époque, la Meuse et la Meurthe et Moselle ayant toujours gardé leur appartenance française. Les mineurs de charbon, corps de métier dont certains habitants du village de Joseph et Louise firent partie, donnaient donc aussi de leur sueur et efforts pour permettre aux cristalliers de subsister et de faire leur travail, ou devrait-on dire, de pratiquer leur art ?

Après une longue période de chauffe, le pot devenu tout rouge et terriblement chaud, ce qui était dû au cristal en fusion, était ouvert par les verriers, et là commençait le ballet journalier et incessant des gamins cueilleurs, avec leurs pipes et les jeux de lumières incandescentes à bout de bras et bien sûr le "spectacle  des « souffleurs de verre ».

mardi 12 décembre 2017

Tranches de vie... (4)

Continuons....

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Faire redémarrer le feu, cela, c'est papa qui s'en occupait, le matin de très bonne heure, avant même de boire un peu de café chicorée, il tirait sur la tige métallique à poignée qui faisait bouger la grille mobile par dessus la grille fixe du foyer du poêle pour faire tomber les cendres dans le tiroir récupérateur. C'est ensuite, en portant ces cendres toutes fumantes à l'extérieur de la maison pour les stocker dans un vieux fût en ferraille, en attendant qu'elles servent au jardin, que papa fumait aussi sa première cigarette roulée qui ne quittait pas ses lèvres de la journée. En revenant, il trouvait maman à la cuisine prête à se lancer dans ses activités journalières, mais avant il préparait le feu et l'allumait. Le pot à café trônait à sa place sur le coin du fourneau, il y puisait furtivement en effleurant la surface du liquide, une louche de café encore tiède, la mettait dans une tasse, la portait aux lèvres et en allant vers la porte en disant "salut", laissait celle-ci sur l'évier en grès rouge poli, juste à côté de la porte de sortie de la cuisine et de l'appartement. Il saisissait sa « gamelle » et quittait la maison. Il était "potier" à l'usine.
Comme tous les ouvriers du village, il se rendait au travail à pied. D'autres, venant des fonds du village, se servaient de leurs vélos, mais le vélo était déjà un signe extérieur de richesse. Les ouvriers portaient pratiquement tous des « gamelles » contenant leur casse-croûte, leur manger, pour certains, un quignon de pain et un petit bout de lard fumé, pour d'autre une soupe. La pause du matin, qui elle aussi faisait l'objet d'un petit coup de sirène se prenait vers 10 heures.
La sirène régulière et stridente retentissait à six heures trente du matin et des centaines d'ouvriers cristalliers passaient sous le porche de l'usine dans les minutes qui précédaient. Elle hurlait à nouveau à midi, à une heure et vers seize heures trente l'après-midi pour rappeler que le poumon du village fonctionnait et pour qu'aucun travailleur ne manque. Remarquez, il n'y avait quasiment pas de travailleuses, d'ouvrières, ceci-dit, c'était déjà bien que les hommes puissent travailler !
Louise, elle aussi se réveillait en général au son de la sirène, d'ailleurs pour cette simple raison on n'employait que rarement le réveil-matin en tôle qui malgré cela était sur la table de nuit à côté du lit.

A dire vrai, dans le village, plus personne ne dormait dès lors que la « grosse bête » soufflait, pompait, cliquetait, résonnait de mille bruits familiers et devenus tellement habituels que les villageois n'y prêtaient plus attention.
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Merci à celles et ceux qui passent lire, mais si vous le voulez bien, je serai heureux de lire vos impressions et recevoir vos commentaires... Merci beaucoup, la prochaine étape commencera à parler de la "grosse bête". 
A bientôt.

samedi 9 décembre 2017

Tranches de vie...(3)

Et voilà la suite...

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La maman de Louise était aussi cuisinière, une fine cuisinière d'ailleurs et cela lui donnait l'occasion de «  faire des heures »  à la « Direction ». C'est ainsi que l'on désignait la grande maison de maître qui trônait au milieu de village,pas très loin des écoles, de la mairie et juste à côté de l'entrée principale, de « la porte » de l'usine, bâtisse où résidaient les patrons quand ils étaient présents. Evidemment les patrons venaient de la ville, des villes, ils n'étaient pas présents tous les jours. Une très grande maison qui contenait au moins dix chambres et deux à trois grands salons de réception, des bureaux et une cuisine adaptée aux occasions. Souvent la maman de Louise accompagnée de plusieurs amies s'y rendait pour cuisiner en toutes sortes d'occasions, des visites de clients ou des réceptions de famille et de financiers, il y avait beaucoup de vie, mais seulement par moments, dans cette grande propriété. Elle donnait sur le parc entretenu qui y était attaché et dans lequel il y avait un étang, de grandes surfaces d'herbe et aussi des parcelles de forêts qui pénétraient en son sein. Au fond du parc, une plantation de petits arbustes destinée à l'entretien du parc, les fleurs et les massifs devaient aussi être entretenus et la Direction avait donc ses jardiniers attitrés et de temps à autre quelques privilégiés du village y accédaient, pour aider lors des grands travaux de printemps comme planter, nettoyer, ratisser, couper les rosiers, les arbustes et aussi à l'automne, faucher, ramasser les feuilles mortes, refaire les allées. Le choix des personnes, souvent des hommes en l'occurence, se faisait dans l'ensemble des habitants du village, le papa de Louise a aussi eu sa chance, une seule fois, comme il disait !
Maman tricotait un chandail en côtes et y ajoutait des torsades, une opération très difficile, il lui fallait maîtriser une paire de petites aiguilles en plus des grandes sur lesquelles le tricot était monté. Louise admirait la dextérité de ces mains déjà un peu noueuses de maman et pensait que celle-ci avait déjà beaucoup travaillé dans sa vie. Maman effectivement, avait toujours fait des petits travaux pour aider le ménage à subvenir à ses besoins et pour éviter que papa, lui, ne soit absent beaucoup trop d'heures et ne rentrât que pour dormir. Sa petite famille avait un grand besoin de sa présence et du sentiment protecteur qu'il inspirait quand il était là. Louise pensa au printemps et imagina son papa dans cette nouvelle veste, il serait superbe quand il la portera pour la première fois à la messe du dimanche, peut - être lors de la Fête-Dieu ? Elle le voyait déjà emprunter l'allée centrale de l'église pour rejoindre sa place habituelle dans le quatrième rang des bancs en chêne. Les places à l'église, comme dans beaucoup de lieu de culte, étaient attribuées contre finance, et cela garantissait la place. Il était « interdit » de s'y mettre. Papa allait une fois de plus honorer le talent de maman en portant avec fierté ce vêtement réalisé avec amour.

Vers le soir, avant qu'il ne fasse sombre dans l'étable, Louise accompagnait maman pour aller traire les deux chèvres et nourrir les trois lapins qui faisaient trembler les grillages des clapiers en bois que papa avait confectionnés avec du bois de récupération. Au retour, chacune portait un bras de bois coupé pour pouvoir entretenir le feu dans le poêle de cuisine, il était émaillé blanc. Maman apprenait à Louise à briquer, avec du papier journal, les plaques de cuisson de fonte cerclées, au minimum tous les deux jours . Le poêle trônait dans le coin de la cuisine et son conduit de fumée s'élevait en longeant l'angle intérieur de la pièce. Ce conduit, en tôle chromée, traversait aussi le mur vers la chambre à coucher pour rejoindre le conduit de cheminée principal qui passait au centre de la maisonnée. Par ce procédé simple et peu coûteux, la famille profitait toutes les nuits d'hiver  du restant de chaleur de la journée, et la briquette noire posée sur le foyer du soir entretenait la brûlée pour laisser redémarrer le poêle le lendemain. On emballait cette briquette dans plusieurs feuilles de vieux papier journal, avant de la mettre sur les braises restantes. Souvent Louise pensait que c'était pour cela que tous les jours il fallait qu'elle monte le journal, déposé sur l'escalier, en rentrant de l'école à midi.
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ajout- après le commentaire d'Anne...  

vendredi 8 décembre 2017

Un clin d'oeil à l'ami Louis Paul

Il y a quelques jours LP publiait une photo noir et blanc magnifique et a su la mettre en valeur par une note bien rédigée et à propos;
Je lui ai promis de retrouver des photos qui ressemblaient à la sienne... cela se passe dans les anciens quartiers des rives de l'Ill  de Strasbourg pas loin du conservatoire où vont nos jeunes violonistes et du nouveau quartier résidentiel et commercial Rivétoile... autour de la grande médiathèque, la bibliothèque de nos enfants et petits enfants !




Les grues de l'ancien port....

lundi 4 décembre 2017

Tranches de vie... (2)

Voilà, la première publication, vendredi dernier a commencé à intéresser... alors ci-après la suite. Bonne lecture !

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Leurs journées se passaient donc très généralement ainsi, des enfants, des écoliers se rendant à leurs cours, des enfants qui apprenaient bien leurs leçons, qui aidaient aussi leurs parents dans les tâches ménagères et tout ce qui y correspondait.
Pendant bon nombre d'années, Joseph s'accrochait à Louise à la sortie de l'école, lui faisant des cachotteries, simples bien sûr, acceptables pour le garçon de bonne éducation qu'il était. Il lui tirait sur le cartable, lui jetait des marguerites, enfin des choses de son âge, de leur âge. Mais ce faisant, il lui témoignait de l'intérêt et devint son proche ami assez rapidement.  Bien plus tard dans leurs jeunes années de vie d'adultes, ils passeront des soirées entières à se remémorer leurs aventures d'adolescents et  les feront connaître pour que la tradition orale de la famille puisse être maintenue et transmettre le passé au présent de génération en génération. 
Joseph n'en oubliait pas moins qu'il devait travailler tous les jours pour devenir quelqu'un, une devise familière et familiale aussi. Quand il rentrait le soir dans leur humble appartement d'usine, (ces logements étaient attribués gratuitement à ceux qui étaient ouvriers ou employés à l'usine du village) les devoirs à peine finis, il s'asseyait devant son harmonium, un héritage de famille, et après quelques coups de pédales lui faisait couiner quelques gammes hésitantes, et cela s'écoutait même assez bien. Il s'attachait à apprendre par lui-même, à jouer des morceaux qu'il entendait lors des messes du samedi matin ou du dimanche, quand l'orgue mécanique à soufflet jouait dans la grande église du haut du village, une église rouge en grès, avec un toit en tuiles émaillées, des statuettes intemporelles, un style unique, quoique baroque, certainement. Cette énorme bâtisse rouge au toit flamboyant était un chef-d'oeuvre imposant de réalisation, totalement décalé dans ce village modeste, mais qui avait été construit grâce à la présence de l'usine...
C'est qu'il avait un don ce jeune Joseph, un don pour la musique  et plein d'autres choses qui s'y rapporteront se cachaient en son for intérieur et dans sa personnalité mûrissante. Cela n'empêchait pas qu'il se rende utile pour rentrer du bois couper du petit bois pour alimenter le fourneau. Il aidait papa à bricoler, réparer et se prit d'intérêt pour l'ébénisterie qui était un passe-temps pour son père et le devint forcément pour Joseph.
Pendant que Joseph faisait l'artiste, Louise était à l'écoute et observait sa maman, qui, après avoir corrigé les exercices d'écriture de la petite, avait repris en main son ouvrage et s'affairait à progresser dans le chandail qu'elle tricotait depuis quelques mois pour son mari, de façon à repartir bien couvert pour les prochains hivers. Louise avait la ferme intention de devenir aussi bonne tricoteuse et couturière que sa maman chérie. La laine de mouton filée dans les villages avoisinants et le village même, n'était pas offerte et tricoter faisait partie de ces plaisirs coûteux dont la famille n'était pas inondée, mais cela ne devait pas empêcher que l'on s'habille. Des marchands merciers passaient de temps à autre, venant de la proche Alsace ou de la région du Bade, d'Allemagne, pour proposer leurs rouleaux de tissus , cotons entre autre et "laineux" qui servaient à réaliser des manteaux et des vêtements de "dimanche" comme ils disaient. Dans le village, un peu avantagé, grâce à l'usine, on travaillait et de ce simple fait on avait un peu plus d'argent, alors quelques pelotes, quelques pans de tissus faisaient le bonheur de ceux qui pouvaient.

Louise regardait sa maman choisir les coupons et les accessoires, les boutons retenaient toujours son attention, les nacres, les opalines, le bois, toutes ces matières qu'elle adorait toucher de ses doigts de future fée de la broderie, du tricot et de la couture. Un peu plus tard dans sa vie d'adolescente, elle irait à l'école de couture, ou encore aiderait sa maman et le voisin, tailleur de métier, qui avait un atelier dans son appartement et travaillait pour les "patrons", oui, les propriétaires de la cristallerie, en fait pour ceux qui avaient de l'argent, plus d'argent...
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